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Autour de la sélection 2006

Anouk Aimée, invitée d'honneur

27 Mois incorrect 2006
Gilles JACOB, Anouk AIMEE
Anouk AIMEE © FIF
Tout le monde sait, ma chère Anouk, que les chats sont des créatures qui ne s'en laissent pas conter. Et pourtant votre charme agit sur eux, alors sur les hommes, vous pensez. Le charme, c'est-à-dire la beauté, la grâce, l'élégance, l'incarnation de la féminité et de son mystère mais pas seulement. La femme fatale en lunettes noires, le visage clair sous les longs cheveux sombres, c'est vous, la photogénie séduisante, l'élégance qui va de soi, c'est vous, bien sûr ! Vous avez un bon physique, vous reconnaît Trintignant dans Un homme et une femme. Un bon physique ? Vous êtes sans doute l'une des plus belles de ces femmes de légende que nous devons au cinéma, le plus souvent à Hollywood. Ca ne suffit pas pour devenir une star. Fellini, qui a été le plus important rendez-vous de votre vie, a découvert en vous une actrice hors du commun. Une amoureuse de toujours. Frémissante ou altière, sensuelle ou fragile, mais surtout féminine jusqu'au bout des ongles. Pour devenir une star et une actrice mythique, une actrice à la silhouette éternelle, celle de l'adolescente aux longues jambes qui plonge nue dans l'Adige des Amants de Vérone, il faut donner à ses personnages une existence riche d'une émotion contenue. Contrairement au titre du film d'Astruc, ce n'est pas avec vous qu'on peut craindre de Mauvaises rencontres. Dans le Rideau cramoisi, votre pied nu effleure les bottes d'un fringant militaire, le texte de Barbey d'Aurevilly était beau, mais je ne l'entendais pas. Jeanne, la compagne de Modigliani accompagnant le peintre jusqu'à la mort, l'aristocrate mélancolique et névrosée de La dolce vita et la Luisa de Huit et demi, la danseuse de cabaret de Lola qui nous apparaît, si belle, si lumineuse, en guêpière et boa, la femme qui réapprend à aimer après un drame conjugal dans le plus célèbre des films de Lelouch, tous parmi les 80 films que vous avez tournés sont traversés par un puissant désir de vie qui n'exclut ni la belle gravité, ni l'insouciance. Au cinéma comme dans la vie vous avez vécu la passion. Vous aimez aimer et vous aimer rire. Un rire traversé par un soupçon d'ironie et de dérision. Vous êtes légère, vous flottez au dessus des petitesses de nos contemporains. Votre voix chaleureuse, musicale, attendrissante, semble toujours en quête de l'approbation. Alors que, fidèles au monologue de Molly Bloom, nous ne demandons qu'à vous dire oui, oui, oui, cent fois oui. Pourtant, vous n'êtes pas sûre de vous, vous êtes déconcertante à force d'hésitation, est-ce que c'est bien ? dites-vous, en remontant à nouveau votre mèche, oui, est-ce que c'est bien ? On a pris pour des caprices de star, ce qui n'est que le désir de bien faire. Vous cultivez les foucades de l'indécise qui ne sait que trop ce qu'elle veut, mais continue à le chercher une fois qu'elle l'a trouvé ! Car vous ne courez pas après le succès mais après la belle ouvrage, et, à un plan de carrière, - le vilain mot - vous avez toujours préféré laisser la vie décider à votre place. La vie, l'expérience qui n'a fait que nourrir votre instinct infaillible et aussi peut-être celle de grands metteurs en scène. Vous avez tourné avec Cayatte, Becker, Astruc, Aldrich, Cukor, Franju, de Sica, Delvaux, Lumet, Demy, Lelouch, Skolimovski, Altman, Kaurismaki, avec bien d'autres, et bien sûr avec celui qui vous a inventé un prénom encore plus délicieux que le vôtre, trouvé, lui, par Henri Calef : Anoukina bella, vous appelait Federico.
Tous ont chanté votre visage admirable et désenchanté, ce prodigieux accord entre allégresse et cette mélancolie qui fera votre légende. Cet équilibre aussi entre la classe de la comédienne et le calme du quotidien. La simplicité et la retenue qui n'exclut pas les élans, les emportements. Vous êtes l'indéchiffrable et le familier, le proche et le distant, le rassurant et l'enflammé, le simple et le sophistiqué. Vous apparaissez à la fois pudique et intense. Le temps ne laisse pas de traces sur votre visage d'abord, j'en suis sûr, parce que vous êtes une bonne personne. Soucieuse du bien être de ses amis. Aussi parce que cette autre Anouk qui vous ressemble comme une soeur existe avant tout dans nos rêves.
Je ne peux aimer que si on m'aime, avez-vous dit un jour. Mais, Anouk, vous appartenez à l'histoire du cinéma, à nous tous les cinéphiles du monde entier qui se roulent à vos pieds pour vous dire : je vous aime. Je ne vais me rouler à vos pieds parce que je ne suis pas sûr de pouvoir me relever, mais je vais vous remettre au nom de tous la palme d'or du festival, elle est à vous, aimez-la bien.

Gilles JACOB




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