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Le choix du Festival, interview de Thierry Frémaux

Après Isabelle Huppert en 2009, c’est Tim Burton, réalisateur – entre autres – de Sweeney Todd, Mars Attacks! et Ed Wood (en compétition à Cannes en 1995), qui présidera le Jury du 63e Festival de Cannes. Pour le site du Festival, Thierry Frémaux, Délégué général du Festival, répond à quelques questions.

 

 


Pourquoi lui, et pourquoi cette année ?

Ce choix apparaîtra à la fois surprenant et évident, tant Burton a imposé dans une certaine discrétion un style, une griffe et un imaginaire sans équivalent dans le cinéma mondial. C’est un auteur qui est populaire parce qu’il va à la rencontre du public, un artiste touche-à-tout, fantasque et brillant. Et une personnalité extrêmement attachante et au demeurant très sympathique. C’est important : nous allons vivre près de deux semaines ensemble.


Comment s’opère le choix du Président du Jury ?

La tradition est la même chaque année, à l’automne : Gilles Jacob, Président du Festival, et moi-même établissons une liste de noms potentiels que nous soumettons au Conseil d’Administration du Festival de Cannes. Puis, avec son accord, nous puisons dans la liste retenue et choisissons l’un de ces noms.


Quelle est cette liste ?

Je ne vais pas vous la donner, elle peut encore servir ! Les hommes et les femmes (réalisateurs, acteurs, scénaristes, etc.) qui font le cinéma mondial d’aujourd’hui sont ceux qui feront également celui de demain.


Vous choisissez en général des gens de cinéma, et très souvent des cinéastes. Dans l’histoire de Cannes, il y eut des écrivains présidents du Jury…

Oui, c’est même Georges Simenon qui était le Président du Jury qui avait couronné Fellini. Un genre de rencontre au sommet ! Les écrivains continuent de participer au jury : le turc Orhan Pamuk, l’italien Erri de Luca, l’américaine Toni Morrison ou l’haïtienne Edwige Danticat.


Quels sont les critères auxquels votre choix obéit ?

Le premier de ces critères est la légitimité. Il est absolument nécessaire que les réalisateurs qui seront en compétition sachent qu’ils seront jugés par quelqu’un qui a le niveau et la crédibilité de conduire un jury et de composer un palmarès, qui connaît le cinéma et qui aura la capacité de se mettre à la place de ses collègues. Sean Penn avait eu une très belle parole lorsqu’il demanda à ses co-jurés de faire comme s’ils étaient impliqués dans chaque film qu’ils avaient à juger.
Ensuite, nous devons respecter certains équilibres : la Présidente de l’année dernière, Isabelle Huppert, était actrice et française. Celui de 2010 sera réalisateur et américain. Il succède à Quentin Tarantino, Emir Kusturica, Wong Kar-wai, Stephen Frears et Sean Penn. La composition de cette liste, au fil des années, ressemble à une sorte de panthéon où figurent les grands noms du cinéma mondial.
Enfin, il ne faut pas nous répéter mais plutôt continuer à surprendre. Ce n’est pas facile quand on sait que des gens comme Milos Forman, Martin Scorsese, Roman Polanski, ou David Lynch sont déjà venus…


Vous arrive-t-il d’essuyer des refus ?

Certains artistes ne souhaitent pas juger leurs pairs, position tout à fait respectable. D’autres tournent, écrivent, bref sont indisponibles. Il ne suffit pas de claquer des doigts et c’est heureux.


Tim Burton a-t-il accepté tout de suite ?

Sur le principe, oui. Mais il lui a fallu vérifier son agenda et prendre le temps de nous répondre officiellement. Il veut faire cela sérieusement ! Il est en effet très pris par la finition de Alice au Pays des Merveilles, et par la grande exposition que lui consacre le Musée d’Art Moderne à New York. Nous nous sommes rencontrés la semaine dernière à Los Angeles et il m’a confirmé son accord.


Comment a-t-il réagi ?

Avec enthousiasme et gourmandise, heureux de pouvoir, après le dernier sprint lié à la sortie d’Alice au pays des merveilles, se plonger dans le cinéma mondial.


Comment procédez-vous pour la suite du Jury ? Est-ce déjà fait ?

Non. Nous commençons toujours par le Président, les jurés viennent après. Là aussi, comme pour la sélection, il faut s’aventurer dans les eaux profondes du cinéma international, et montrer que Cannes n’est pas un festival français mais un festival mondial qui se déroule en France. La liste complète du Jury sera communiquée lors de la conférence de presse d’annonce de la sélection, mi-avril.


Le Président du Jury participe-t-il au choix des autres Jurés ?

Non. Depuis quelques années, le choix du jury est à la seule discrétion du festival. La seule question qu’on pose au Président est : « Avez-vous des ennemis que vous ne souhaiteriez pas retrouver dans votre Jury ? ». Je l’ai donc posée à Tim Burton, ce à quoi il a répondu : « Mais c’est vrai ça, il faudrait que je réfléchisse pour savoir qui sont mes ennemis !… » Et il nous a laissé carte blanche.


(Propos recueillis par Vinca Van Eecke)
 

Crédit photo: dessin de Tim Burton, extrait de "La triste fin du petit enfant huître", Editions 10:18, 1999.