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Révisions d'Histoire(s) avec Nostalgia de la luz

Le 14.05.2010 à 00:00 - Mis à jour le 23.05.2010 à 17:35

Patricio Guzmàn
Patricio Guzmàn

Alors que le Chili fête cette année le bicentenaire de son indépendance, le cinéaste qui a consacré sa carrière à documenter l’Histoire de son pays, Patricio Guzmàn, vient présenter son film Nostalgia de la luz en Séance Spéciale, salle Buñuel à 19h30. Présentation et interview du réalisateur.

 

Le dernier film de Patricio Guzmàn est en apparence bien éloigné des fresques historiques qui ont fait sa célébrité. Nostalgia de la luz est un documentaire se déroulant dans le désert d’Atacama, à trois mille mètres d’altitude. Alors que les astronomes s’y réunissent pour scruter les étoiles, ce lieu attire de nombreux autres visiteurs pour une raison bien précise : la sécheresse du sol conserve les restes humains intacts. Au-delà des momies et des explorateurs égarés, cette terre renferme aussi les corps de nombreux prisonniers politiques. Le film exacerbe cette dualité, mettant en contraste les astronomes à la recherche de vie extraterrestre avec les familles brisées cherchant leurs parents. La dimension politique est donc bien présente. Cette problématique a toujours hanté la filmographie de Patricio Guzmàn, depuis ses débuts avec la trilogie La Bataille du Chili, projetée en Sélection parallèle en 1975, jusqu’à Salvador Allende, présenté Hors Compétition en 2004.

 

Le cinéaste tisse dans chacun de ses longs métrages la mémoire nationale du Chili du 20ème siècle. Et c’est bien de mémoire dont il est question dans Nostalgia de la luz, film tourné vers l’avenir (les étoiles), tout en n’oubliant pas un passé douloureux où le prix de l’indépendance célébrée cette année fut celui du sang.

 

Entretien avec Patricio Guzmàn

 

Le sujet de Nostalgia de la luz est en apparence assez éloigné des portraits que vous avez réalisés auparavant, pourquoi vous a-t-il intéressé ?

J’ai toujours été passionné d’astronomie et comme au Chili de grands observatoires ont été construits j’ai pu m’y intéresser de près. En faisant cela, j’ai traversé le désert d’Atacama qui est une véritable porte ouverte vers le passé : il y a des momies, des minéraux rares, des restes d’explorateurs et des corps des disparus de Pinochet. Et tout d’un coup, j’ai compris qu’il y avait là un monde de métaphores, c’est à ce moment là que j’ai décidé de faire le film.

 

Vous avez tourné cinq courts métrages consacrés à l’astronomie avec les rushs non utilisés du film, vous ne pouviez plus vous arrêter ?

Oui, c’est vrai ! Quand j’ai finalisé Nostalgia de la luz, il y avait des séquences vraiment bonnes mais qui n’avaient pas leur place dans le film. Ce sont des portraits des astronomes qui sont très agréables à écouter. J’ai décidé d’en faire cinq courts métrages bonus pour le DVD.

 

Le Chili fête cette année le bicentenaire de son indépendance, Nostalgia de la luz est-il votre manière de relier le passé de votre pays à son présent ?

Oui, car c’est très important. Quand les élèves chiliens lisent les textes d’histoire ils ne peuvent pas comprendre le coup d’état car l’information n’est pas bien construite. Les étudiants ne peuvent donc pas se projeter 40 ans dans le passé alors qu’à quelques kilomètres au nord des astronomes regardent 40 000 années lumières en arrière. C’est incompréhensible.

 

Dans votre film La Mémoire obstinée vous parliez déjà de l’amnésie politique…

Je pense que la mémoire a force de gravité, elle nous attire tout le temps. Quand on pense à notre maison natale, notre père, notre mère, notre premier amour, etc. C’est la force de gravité de l’être humain.

 

Vous êtes venu pour la première fois au Festival en 1975 pour présenter votre trilogie La Bataille du Chili à la Quinzaine des réalisateurs, quel souvenir en gardez-vous ?

Oh, c’est un très bon souvenir ! Cannes est un endroit familier pour moi, j’aimais beaucoup l’ancien palais. Cette ville a toujours été un cadeau et j’aime beaucoup la sélection de Thierry Frémeaux qui a fait en sorte que les documentaires puissent entrer dans la Sélection officielle. Je pense que c’est fondamental pour notre développement.

 

Et à propos de La Bataille du Chili, je crois savoir qu’un célèbre réalisateur français vous avait aidé à vous procurer du matériel ?

Oui, Chris Marker était venu au Chili avec l’équipe de Costa-Gavras pour le film Etat de siège. Il a vu un de mes documentaires dans les salles et il est venu frapper à ma porte. J’étais impressionné car j’avais lu beaucoup d’articles sur lui. Il m’a acheté le film, a financé le doublage en français et l’a sorti dans plusieurs salles. Deux ans après, j’étais bloqué pour La Bataille du Chili car toutes les commandes de pellicule à des fournisseurs étrangers étaient bloquées à la frontière… Alors je l’ai appelé. Quelques semaines plus tard, j’ai reçu une boite énorme avec 28 000 pieds de pellicule 16 mm. C’est avec ça que j’ai fait le film !

 

Propos recueillis par G.F.

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